Pour illustrer une grande idée, partons d'un cas très concret[1]: le chargeur de téléphone portable. Tout le monde en a forcément un avec son engin, et souvent 1 ou 2 au fond d'un tiroir, issus de modèles précédents de téléphones, qui ont soit rendu l'âme, soit disparus, soit mis au rebut la plus part du temps à cause d'une batterie en fin de vie qui coûte plus chère de changer qu'un nouveau téléphone.

Aucun de ces chargeurs n'est bien sûr compatible avec votre tout dernier bijoux téléphonique et aurait du depuis longtemps être parti à la poubelle[2]. Combien de fois ne vous êtes vous pas dit, on ne sait jamais, si le prochain téléphone est compatible avec l'un de ces chargeur, ce serait plus pratique d'en avoir 2, un au bureau et l'autre à la maison. A moins que vous vous soyez dit que cela peut toujours dépanner quelqu'un, car vous auriez bien aimé que votre cousine, chez qui vous avez passé Noël, aurait été bien avisée d'avoir un chargeur de la marque de votre téléphone, vu que vous l'aviez oublié chez votre belle sœur 2 jours plus tôt et que la poste met un temps fou à vous le faire parvenir[3].

Mais pourquoi ?

Et là survient la question que tout le monde se pose : mais pourquoi n'y a-t-il pas un seul type de connecteur de chargeur ? Et la question juste derrière : mais pourquoi y a-t-il autant de modèle de batterie, toutes incompatibles d'un téléphone à l'autre ? Le simple fait de poser la question répond déjà à la moitié de la réponse : pour nous emmerder !![4]

Les téléphones qui nous sont vendus ont une durée de vie programmée de 3 ans. Pendant 2 ans il est possible de trouver les accessoires comme les chargeurs, batteries, coque de rechange, composants, kit piéton... Au delà de 2 ans, il n'y a plus de fabrication, il faut commencer à chercher dans les stocks ou sur le net. Au delà de 3 ans c'est fini. Le service après vente vous répond que les pièces n'existant plus, il n'est donc pas possible d'intervenir sur l'appareil. Même les batteries qui n'ont pourtant pas tant évoluées que cela ne se trouvent plus. Parfois avec un peu de chance, un coup de cutter par ci ou une cale par là et vous arrivez à utiliser un autre accu, encore faut-il que le vendeur ait la patience ou la compétence.

Parce que !!

L'objectif est bien sûr le renouvellement du parc de téléphones. L'obsolescence technologique étant insuffisante à elle seule pour provoquer le renouvellement, il faut forcer un peu la main des consommateurs récalcitrants. Car enfin, un téléphone reste un téléphone. Il suffit d'avoir son carnet d'adresse et n'importe quel engin d'il y a 7 ans fait encore parfaitement l'affaire pour une utilisation de base. Les sonneries polyphoniques qui font passer pour un con dans les transports en commun, la 3G hors de prix, les MP3 qui sont tout juste écoutables avec un seul écouteur, les photos baveuses sans zoom ni flash, les vidéos de 10s de la taille d'un timbre poste, le wap technologie morte avant d'être utilisable, la navigation internet sur un écran de 2 pouces, les jeux qui cassent le clavier... tout ça reste bien secondaire et surtout facultatif.

Imaginez un instant que vos téléphones aient eut un emplacement de batterie normalisé et un connecteur de chargeur standard. Vous seriez peut être encore en train de l'utiliser. Bon, à ce stade du raisonnement vous avez bien compris qu'un chargeur universel et des batteries standardisées n'existent pas pour des raisons économique. Mais comble de l'arrogance, si jamais ce même téléphone avait disposé d'une capacité de mettre à jour son logiciel, il aurait même été possible de rajouter certaines fonctionnalités 2 ans plus tard, sans même avoir à changer d'appareil.

Comment ça mettre à jour ?

Et c'est là que survient le concept important, l'idée que tous les fabriquant ne veulent surtout pas que nous ayons : fournir les spécifications techniques des appareils pour permettre aux possesseurs de modifier le logiciel qui est à l'intérieur. Dès qu'un fabriquant fournis les spécifications de ses matériels ou du moins les interfaces, il y a toujours quelques joyeux drilles qui se font un devoir d'ajouter des fonctionnalités aux logiciel de base fourni avec.

Une équipe s'est lancée dans ce chalenge en proposant un téléphone dont les spécifications techniques et le logiciel qui le fait fonctionner sont totalement publics. Quelques milliers de zigs ont donc acheté cet engin, entre 300 et 450 euro selon la version, pour faire mumuse avec, alors même que la fonctionnalité téléphone n'est pas encore "aboutie".

Ça existe !

Cette philosophie technologique qui consiste à donner les moyen à l'utilisateur de faire réellement ce qu'il veut avec les produits technologiques est issue du monde du logiciel libre, dans lequel les codes qui permettent de créer le logiciel sont fournis avec.

Si le modèle existe de plus en plus facilement dans le monde du logiciel, il reste une bonne part du monde du matériel qui y est farouchement imperméable. C'est là qu'il va falloir déplacer le combat.

Notes

[1] Les lecteurs attentif noterons que cela pourrait ressembler à la méthode Sarkoziène. Je les rassure tout de suite, c'est une vraie idée, pas une manipulation.

[2] Pas à la poubelle, au recyclage. Tient au fait, c'est dans quelle poubelle qu'on les met les déchets informatiques ? Demandez à votre mairie, la réponse est à la déchèterie car personne n'a prévu de gérer ces déchets là. Leur nombre est pourtant grandissant et leur recyclage assurément le plus rentable économiquement parlant et environnementalement parlant aussi avec tous les métaux lourds ou précieux qu'ils contiennent.

[3] Entre nous c'est normal, c'est Noël. Les postiers ont autre chose à foutre que de s'occuper de votre chargeur de téléphone. Vous n'aviez qu'à pas l'oublier !

[4] En fait non, c'est pas pour nous emmerder, mais pour nous faire cracher au bassinet.