Une caractéristique de la fonction de politique, c'est d'être obligé d'avoir une réponse sur tous les sujets. Il m'arrive, dans mes moments de mégalomanie, de m'imaginer aux affaires, comme député ou ministre et de répondre à une des questions d'actualité du moment. Si je pense pouvoir donner le change dans beaucoup de cas avec une langue de bois appropriée[1], je viens de tomber sur une question à laquelle je serais bien en peine de répondre :

Êtes vous pour ou contre le nucléaire civile ?

Et là je sèche. Je suis dans l'incapacité de fournir un argumentaire qui tienne la route pour appuyer dans un sens ou dans l'autre. Car une des caractéristique de cette question, contrairement à beaucoup d'autres, c'est qu'il est difficile d'être à moitié pour, ou à moitié contre. Lorsque l'on s'engage pour quelques décennies, cela aide d'avoir des certitudes un peu plus ancrées.

Quelles sont les données :

Pour
  • Le nucléaire civile permet de ne pas consommer des énergies fossiles (charbon, pétrole et gaz), et d'éviter la libération de polluants dans l'atmosphère.
  • La balance du commerce extérieur de la France apprécie la réduction de l'importation du Pétrole.
  • La France maitrise bien ces technologies[2]
  • A part en réduisant drastiquement notre consommation énergétique[3], nous sommes incapable dans l'état actuel de la science de produire suffisamment d'énergie pour nos trains de vie occidentaux.
Contre
  • Les déchets sont très encombrants.
  • Le lobby énergétique a favorisé pendant des décennies l'utilisation de l'électricité au détriment de toutes les autres formes d'énergies. Aujourd'hui la France est en retard par rapport aux pays d'Europe du nord sur toutes les énergies alternatives et plus encore sur l'économie d'énergie.
  • Le danger est constant du fait de la culture du secret qui prévaut dans le domaine nucléaire, conduisant à couvrir les incompétences, jusqu'au jour où il y aura un pépin.

Bon ça c'est les éléments simples de la réflexion. Après il y a les choses moins factuelles :

  • Les Kanaks ne seront jamais indépendant en Nouvelle Calédonie tant qu'il y a de l'Uranium dans son sous sol.
  • Hier matin sur France Inter, une remarque d'un responsable du CEA, consistait à dire qu'il fallait faire évoluer nos installations pour prévoir des raccordements extérieurs en cas de besoin d'intervention post accident[4] Donc on peut à moindre coût faire beaucoup mieux en matière de sécurité.
  • Le nucléaire coûte affreusement chers. Cet argent réinvestie ailleurs pourrait-elle permettre de trouver des solutions alternatives ?

Au final, le reste dans l'expectative. J'ai la certitude que ce qui arrive en ce moment au Japon pourrait arriver en France, simplement parce que l'industrie nucléaire est un monopole[5] qui vit dans le secret. Un peut plus de transparence et pourquoi pas une remise en cause des certitudes pourrait nous faire gagner grandement en sécurité. D'autre part, est-on capable de dire que l'industrie nucléaire n'est pas une fin en soit et que ce n'est qu'un moyen, pourquoi pas transitoire, entre 2 révolutions technologiques. Du coup, il faut se donner les moyens de la prochaine révolution technologique, et pas mettre tous nos oeufs dans le même panier nucléaire[6].

Notes

[1] Je n'ai de raison de croire qu'avec un peu d'entrainement, je ne sois pas capable de faire aussi mal que certains de nos élus ;)

[2] Notre président voulait même l'exporter, vers la Libye d'ailleurs...

[3] Quant je dis drastique c'est des divisions par des nombres entier, du style 2, 3 voir 4.

[4] En substance, inclure la possibilité que tout est en panne et qu'il faut pouvoir greffer des trucs pas prévu à l'origine, comme essaient de le faire les japonais en ce moment sur le système de refroidissement.

[5] Ah le gros mot, monopole.

[6] 75% de l'électricité française est nucléaire, c'est pas un seul panier, mais il est gros quant même.