On englobe sous le vocable Open data, des notions différentes, bien camouflées par un anglicisme. Comme la traduction française, "données ouvertes" ne permet pas plus de comprendre ce que ce terme recouvre, voici ce que cela pourrait représenter pour la politique de la ville:

L'open data concerne les données et leur format

Dès que l'on produit quelque chose de numérique, il est enregistré sous forme d'un ou plusieurs fichiers de données (data). Les rendre ouvertes, cela consiste à permettre à tout un chacun de les consulter, voir même de les utiliser. Par exemple les billets de ce blog constituent des données ouvertes puisque vous pouvez y avoir accès.

Rendre des données ouvertes, va plus loin que de donner accès au fichiers les contenant. Il faut que ces fichiers puissent être lus, ce qui impose d'utiliser des formats de fichier lisibles par tous, sans aucune contrainte (financière, légale ou logiciel). Il faut donc utiliser des formats normés, publics[1]. Le contenu de ce blog est accessible avec n'importe quel navigateur web puisque les images sont dans des formats libres et les textes sont au format html.

Il faut enfin que ces données puissent être référencées et utilisables dans des processus automatisés, ce qui requière une structuration et hiérarchisation des données, ainsi qu'une documentation[2].

L'open data est une démarche politique et économique

Politiquement parlant, donner accès aux citoyens aux données financées par l'argent public devrait être une évidence. Mais comme l'information c'est le pouvoir, ce n'est pas la démarche naturelle de bon nombre de gouvernants. De même, fournir des informations sur les projets en cours permet aux opposants de fourbir leur armes, ce qui en soit n'est pas une mauvaise chose en démocratie, mais est souvent une source de tracasseries pour les techniciens ou les politiques.

Pourtant, les municipalités et autres collectivités territoriales produisent ou consomment beaucoup de données numériques, financées par l'argent public. On est en droit d'attendre que ces données soient accessibles. Quelques exemples:

  • Le patrimoine municipal.
  • Les études préliminaires pour les projets qui ont été commandé à des cabinets spécialisés ou réalisés par les services[3].
  • Le financement des associations.
  • Les données démographiques.
  • Les plans de la ville (Open street map).
  • Les statistiques de consommation d'énergie, d'eau, la gestion des déchets...
  • Les archives municipales.
  • Le patrimoine culturel.
  • Les scrutins électoraux détaillés.
  • Les banques d'images produites par les services municipaux ou les habitants.
  • ...

Une partie de ces données sont déjà publiques, mais peu accessibles[4]. Rendre ces données publiques, peut également bénéficier à la commune. Quelques exemples:

  • Les données cartographiques ont beaucoup de valeur. Les municipalités les donnent et elles sont ensuite vendues pour les GPS ou les sites web vivant de la publicité ou espionnant les internautes[5]. Certains outils utilisent des données libres (Open street map). Y être correctement référencé favorise l'image de la ville vis à vis des touristes par exemple.
  • Libérer les photos et vidéos de la commune permet de donner de la matière aux communicants sur la commune, de donner une meilleur visibilité.
  • Les citoyens et les associations sont une puissante source de projets sur laquelle la municipalité peut s'appuyer, mais il faut leur donner du grain à moudre avec un accès aux données fiables et complètes. Accessoirement, si les données sont publiques, il devient plus difficiles de faire courir des rumeurs.
  • Les échanges avec d'autres communes sont simplifiés si les données sont standardisées et accessibles. Ces échanges peuvent être au sein de la métropole, mais aussi avec des villes d'autres départements ou pays, dans une démarche de mutualisation des logiciels par exemple[6], ou de partage d'expérience (projet culturel ou sportif).
  • Recyclage des données: en les structurant et hiérarchisant, le travail des agents ou des prestataires peut être facilement retrouvé et réutilisé. Selon les types de données, elles peuvent être enrichies en continue, comme dans un wiki, construisant ainsi une mémoire administrative de la municipalité.

Cette mise à disposition des données ne doit pas se faire anarchiquement afin d'en obtenir un bénéfice. Il existe des méthodologies, des outils et des standards pour le faire. L'état publie des orientations sur l'open data.

Être proactif plutôt que de subir

Au delà de l'étude préliminaire qui va définir quoi et comment publier, le point clé est la formation des agents qui doivent s'approprier la démarche. Il est bien entendu que cette démarche dans l'idéal devrait se faire en synergie avec la Métropole, mais St Laurent du Var pourrait être initiateur et moteur.

L'open data est un projet très technique et pourtant au cœur des enjeux avec la numérisation de notre société, le e-commerce, la e-administration, la dématérialisation... Nos communes devrons y passer, alors plutôt que de le subir, autant être proactif pour en faire une force et un atout économique et démocratique.

Notes

[1] et accessoirement les respecter sans les dévoyer comme a fait durant des années Microsoft.

[2] Un index, des liens entre les données, des résumés...

[3] Le risque c'est que même si le projet n'est pas retenu, des candidats pas sérieux en fassent un programme de campagne, comme pour l'usine d'incinération ;)

[4] Version papier, absence d'outil de recherche, format propriétaires...

[5] Google pour ne pas le citer.

[6] Se mettre à plusieurs villes pour créer un logiciel sur mesure.