La sagesse vient avec l'âge parait-il[1] et donc il est classique que les responsabilités échoient aux aînés, que ce soit en entreprise ou dans la vie publique. Cependant, si on y regarde de plus prêt, il y a un glissement inquiétant.

Ce sont les vieux qui votent

Les jeunes votent beaucoup moins que les personnes âgées. Un candidat qui veut s'assurer d'être élu va s'adresser en priorité aux aînés, avec les thématiques qui les concernent: la sécurité, la santé et tout ce qui fait peur, car la vieillesse est l'âge de la crainte[2].

En vieillissant, non seulement les craintes deviennent le cœur des préoccupations, ce qui conduit à devenir plus réceptif à la dialectique de l'extrême droite, mais il y a aussi des opinions politiques qui se figent. En se figeant, ces opinions politiques s'accrochent plus aux étiquettes des partis qu'à ce qu'ils véhiculent comme projet de société, aux personnes candidates qu'à ce quelles disent.

Les élus sont des retraités ou des cumulards

Si on fait abstraction des têtes d'affiche[3], qui peut être élus aujourd'hui, payé environ le smic[4] et être disponible pour aller sur le terrain, participer aux commissions, gérer les agents de la collectivité ? Il faut soit être rentier, retraité, ou cumuler les fonctions. Du coup quel "jeune" va se lancer en politique s'il a charge de famille, un crédit immobilier ? Et je ne parle même pas d'une éventuelle carrière dans son entreprise.

Les jeunes politiques sont tous des apparatchiks comme on dit, salariés de la sphère politique: salariés de collectivités locales, employés par un parti politique ou un syndicat, attachés parlementaire... Ils sont tous dépendant des élus en place et de leurs intérêts. Comment voulez-vous qu'ils ne reproduisent pas la même politique et les même dérives[5]. Aucun moyen de faire rentrer du sang frais, de changer les pratiques et surtout faire émerger des idées nouvelles.

Professionnalisation

On assiste donc à une professionnalisation des élus. Pour être élu, il faut déjà être élus, car les électeurs, surtout les aînés, votent pour les têtes qu'ils connaissent. Sauf qu'un salaire d'élu c'est souvent inférieur à celui d'un cadre d'entreprise ou d'une profession libérale, donc, ne serait-ce que pour avoir le même train de vie, les élus cumulent. Pourquoi s'en priveraient-ils puisque les électeurs le valident par leur vote ?

Et puis soyons réaliste, quant vous avez passé un ou plusieurs mandats à vous impliquer dans une collectivité, le retour à votre activité professionnel n'est pas des plus simple, sauf dans quelques professions libérales ou pour certains fonctionnaires. Toutes les fonctions d'élus ne permettent pas de se constituer un carnet d'adresse professionnellement exploitable. Ceci renvoi au statut de l'élu qui a un espèce d'emplois précaire, une sorte de CDD qui n'ouvre pas droit au chômage[6], car être élu, ce n'est pas un emplois mais une fonction avec une indemnité et non un salaire.

Alors forcément, ça décourage les entrants en politique et motive ceux qui y sont à y rester, à n'importe quel prix. Même si pour la plus part, la place n'est pas grassement payée, quant on est payé pour faire ce que l'on aime[7], on veut continuer. C'est comme ça que les "barons" locaux tiennent les petits élus: une place dans un syndicat mixte, une investiture, une circonscription gagnable. Et inversement pour ceux qui ne sont pas sage, un candidat dissident pour faire perdre dans des triangulaires, une investiture qui ne vient pas, des budgets qui ne se débloquent pas...

Les seuls qui peuvent perdre facilement leur mandats sont les retraités. Les autres sont économiquement dépendants donc corruptibles et corvéables dans un système sans contre pouvoir comme le sont nos collectivités territoriales, spécialement dans les Alpes maritimes, avec la métropole et le conseil général.

Notes

[1] Malheureusement pas pour tout le monde...

[2] C'est normal qu'en vieillissant l'on ai plus peur que quant on est jeune, surtout dans une société qui accélère.

[3] Qui gagnent très bien leur vie, parfois même trop bien.

[4] C'est l'ordre de grandeur de ce que touche un adjoint d'une petite ville.

[5] Cumul des mandats et fonction, clientélisme...

[6] Il y a bien une allocation différentielle de fin de mandat qui dure 6 mois.

[7] Car en général ceux qui font de la politique aiment ça, si, si !