Extrait d'un bouquin que je redécouvre, "A mots découverts" d'Alain Rey qui officia pendant des années sur France-Inter pour donner du sens et de la profondeur aux mots. S'il était encore là, il serait attristé de voir comment la dénaturation du sens des mots est devenu systématique dans la bouche de tous les politiques en quête de surenchère pour exister médiatiquement, et tout particulièrement les populistes de gauche ou de droite.
Ci dessous sa chronique du 4 décembre 2000 sur le mot La rue qui égratigne au passage le président de la métropole de Nice qui ose dire qu'il n'aime pas les contres-pouvoir, ce qui est proprement ridicule dans la bouche d'un élu et illustre bien sa conception défectueuse de sa mission (j'aime à pensé qu'il a évolué depuis et ne tiendrait plus de tels propos).
À Nice, à côté du sommet européen, un contre-sommet ; à côté du pouvoir politique représenté par quinze chefs d’État, les manifestations d’un contre-pouvoir. M. le maire de Nice n’est pas favorable à ces « contre » ; il leur laisse un espace, la rue, mais rien d’autre. D’ailleurs, a-t-il déclaré, « les contre-pouvoirs, ça n’existe pas ». Cette opinion a coûté la vie à bien des régimes autoritaires.
La rue, dans la tradition française, c’est le désordre, la manifestation bruyante : descendre dans la rue correspond à « s’opposer au pouvoir, faire la révolution ». La rue, en 1830, en 1848, c’était en France le contre-pouvoir opposé à l’ordre conservateur et bourgeois.
Le mot rue est « vieux comme les rues », comme on disait jadis. Il s’associe à la ville. C’est une image assez amusante, puisque ruga, le mot latin d’où vient rue, signifiait « ride, pli ». Les Romains du peuple disaient : « je vais prendre la ride » pour « je vais marcher entre les maisons ». Les rues permettent le passage ; elles sont comme des plis sur la peau rugueuse de la ville, mais aussi un espace de mouvement, parfois de liberté, au milieu des édifices, qui représentent alors l’ordre établi, les « foyers clos » que détestait le jeune André Gide.
Quand on n’a pas de logis, on vit dans la rue. Quand on manifeste et qu’on proteste, on y défile. Ceux qui sont douillettement à l’abri n’aiment pas ça : les enfants qui jouaient bruyamment dans les rues étaient appelés gamins des rues, sinon voyous, qui sont les gamins des voies. Les filles des rues, c’est tout de même étonnant, ne peuvent être en français que des prostituées.
Aujourd’hui, la rue n’est plus un espace de jeu, de liberté ou de refuge : elle est envahie par les voitures. Quand des manifestations, même pacifiques et réjouies, ce qui est souvent le cas, envahissent la rue, elles gênent la circulation et les automobilistes les maudissent. Pourtant, quand elle exprime la contestation, la rue cesse de polluer, mais il est vrai qu’elle peut se mettre à casser. Est-ce qu’on préférerait l’oxyde de carbone aux opinions critiques ?
À Nice, après Seattle et Millau, la rue va s’exprimer : aux puissants, les palaces et les salles de réunion ; aux pékins qui rouspètent, la rue. À Nice, la rue n’a pas l’habitude. Elle appartient plutôt aux promeneurs, touristes ou retraités. Une exigence d’Europe sociale sur la promenade des Anglais ? Le travailliste libéral Tony Blair doit en frémir. Shocking, n’est-il pas… ?




J'ai découvert l'humour d'Haroun et j'ai trouvé ça sympa. Il y a plein de vidéos sur youtube, mais surtout sur la plateforme Pasquinade qui promeut les artistes et leurs spectacles
En 2009, en pleine crise du H1N1, j'écrivais sur ce blog un billet extrêmement simplifié pour expliquer comment fonctionne la vaccination: