Il y a 6 mois, tous les membres de l'UDF répondaient comme un seul homme que les sondages ne sont pas fiables, que c'est n'importe quoi[1], qu'après 95 avec Balladur et 2002 avec Le Pen, on ne les y reprendraient plus[2]. Je disait moi même qu'une fois que François Bayrou aurait dépassé les 14% dans les sondages, il y aurait probablement une libération des électeurs vis à vis du vote utile que leur serine le PS et l'UMP[3].

Et puis voilà, les 14% ont été dépassés et effectivement il y a eut un effet boule de neige dans lequel nous sommes en ce moment. Les médias s'emballent. D'une quasi indifférence voir du mépris de certains ont est passé à une overdose. Tous le monde veut son exclusivité avec Bayrou. Il est invité sur tous les plateaux et répond positivement à toutes les demandes d'inauguration des nouvelles émissions politiques qui fleurissent naturellement en ce moment. Cet emballement médiatique approvisionne la pompe à sondage, puisque la courbe des sondages est souvent parallèle à la présence médiatique. Sauf que c'est vrai à 6 mois des élections. Plus on se rapproche des échéances, et plus les fondamentaux reviennent, plus on se rapproche des probabilités de vote et non plus des intentions de vote.

Cette fois ci les électeurs sont indécis, environs 2 sur 3 disent ne pas être sûr. Le doute s'est installé. Les citoyen se disent qu'il peuvent maintenant envoyer un message au système sans pour autant avoir à voter pour les extrêmes. Ils peuvent rejeter le bipartisme tout en envisageant un vote débouchant sur une politique pragmatique, réelle. On peut en plus le dire sans avoir honte. Ce candidat anti système est fréquentable.

La courbe d'intention de vote pour François Bayrou est en train de suivre celle de Jacques Chirac en 1995, où il a annoncé sa candidature en mars et en quelques semaines, du tréfond des graphiques il est remonté jusqu'à dépasser Balladur, pourtant vendu comme vainqueur en décembre à plus de 30%.

Il faut cependant raison garder. Au delà des approximations et des corrections empiriques faites aux chiffres par les instituts de sondage[4], il n'est pas à exclure que nous revivions une bulle sondagière comme l'a vécue Ségolène Royale à l'automne. Bien que la tendance soit partie de loin et suit une courbe croissante régulière, la couverture médiatique soudaine peut aussi expliquer l'explosion dans les sondages.

Il n'en reste pas moins que François Bayrou a su toucher les citoyens et je le vis chaque fois avec autant d'étonnement lorsque je tracte. L'accueil et l'intérêt que portent les passants pour ce candidat sont étonnants. Quoique que disent les sondages, il y a un indéniable effet Bayrou. On le verra au palais Nikaïa à Nice le 15 mars.

Notes

[1] Notament Sarkozy et Royale à plus de 30%, ce qui est totalement irréaliste.

[2] .

[3] Dans le billet Bayrou c'est comme Arte.

[4] Lire la très intéressante analyse des sondages.