La non qualification de François Bayrou au second tour met à mal une partie des projets qui ont porté mon investissement. Je l'ai déjà dit, mais la promesse de changement dans le fonctionnement de la vie publique était pour moi la clé de voute soutenant toutes les autres réformes envisageables. Sortir du fonctionnement par clan au service de ses copains, restaurer les contres pouvoirs, associer les français à des décisions aussi importantes que la réforme des retraites ou l'avenir de l'Europe avec la France, donner un coup de frais sur le personnel politique... autant d'engagements s'appuyant sur la pédagogie et la responsabilisation des citoyens.

Que ce soit Ségolène Royal ou Nicolas Sarkozy, ils ont l'un et l'autre très abondamment usé des techniques du markéting pour séduire des électeurs considérés comme des consommateurs de politique et non plus comme des citoyens responsables. L'exemple le plus grossier est le discours de Ségolène Royal dimanche soir après le premier tour, où comme l'ont dit de nombreux commentateurs, tous les messages, tous les mots clés, tous les sous-entendus y étaient, alors même que le ton et la forme étaient absolument catastrophique. La candidate socialiste m'est apparu ce soir là comme une potiche récitant son texte. Peu avant Nicolas Sarkozy avait fait un magnifique discours sur le ton du "j'ai encore changé, j'ai mis ma veste de second tour, venez à moi mes agneaux, ne croyez pas ceux qui vous disent que j'ai de longues dents". Je vous invite à lire les discours croisés proposé par Christophe Marec au cas où vous auriez le moindre doute sur le fait qu'ils nous prennent pour des cons moutons.

Alors bien sûr il y a la tentation du vote blanc, ou comme certains du vote orange au second tour. Des bulletins Bayrou circulent déjà pour le deuxième tour. C'est la première réaction d'un citoyen engagé qui a voté pour la sincérité et qui ne veut pas donner sa voix à l'un des deux comédiens qui sera au second tour. Dans mon précédent billet sur le vote blanc, je rappelais que comme il n'est pas reconnu dans les résultats, voter blanc ou aller à la plage revenait à donner sa voix au vainqueur. Affreux dilemme que voilà. Assumer une partie de la victoire du gagnant ou voter en se bouchant le nez en espérant que se sera l'autre qui est élu.

Ce n'est pas satisfaisant pour un démocrate, et il faudra bien aller au delà de la réaction épidermique de rejet de ces 2 manipulateurs et trouver un vote sinon satisfaisant, du moins acceptable[1].

Notes

[1] Contrairement au précédent vote, cette fois-ci je n'ai pas de raisons ni l'envie de rendre mon choix publique.