Hier je vous suggèrerait de lire les billets critiques de Thierry Crouzet sur le MoDem, qui m'ont semblé être un salutaire rappel à l'ordre. Il complète aujourd'hui son propos dans le billet MoDem Centric, auquel je voudrais réagir plus en détail ici.

Tout puissant

Il n'est pas le seul à craindre la déification de François Bayrou par l'effet de groupe au sein des adhérents du MoDem. Certains élus qui y voit des comportements "sectaires", ces derniers n'ayant sommes toute pas vraiment voix au chapitre, l'enthousiasme des militants écrasant les autres personnalités du MoDem au bénéfice de François Bayrou. Ne lit-on pas dans certains commentaires de militants "faites confiance à François, il ne nous a jamais déçu, il prendra les bonnes décisions", propos que j'ai moi même pu tenir dans certains de mes commentaires.

Entre nous, militants, en nous regardant fonctionner, nous nous sommes pas mal moqué des uns et des autres, prêt à invoquer St François Gourou pour sauver soit le pays pendant la campagne présidentielle, soit l'UDF après le lâchage des élus, soit le MoDem submergé par le bordel ambiant d'une structure provisoire, soit nos équipes militantes du risque d'éclatement à la veille de constituer des listes pour les municipales.

"St François Gourou, sauvez cet enfant dont vous êtes le père, des conséquences de ses tares, donnez lui la force de survivre à ses échecs."

De la philosophie et de la vraie vie

Bon, trêve de balivernes, au delà d'une dérive sectaire, le MoDem a un réel besoin de cohérence idéologique, voir philosophique. Dans le billet de Thierry Crouzet, il suggère de commencer par "créer un mouvement d'idées en priorité puis, en second temps, se préoccuper des postes électifs". Ma réponse est chaque fois la même, techniquement ce n'est pas si simple :

  1. Un parti politique, même s'il s'appel Mouvement ne peut pas vivre longtemps sans financement publique, il y a donc nécessité de présenter des candidats qui fasse un score suffisant aux élections législatives, mais aussi dans les scrutins locaux qui permettent d'obtenir de grands électeurs susceptibles de voter pour les sénatoriales.
  2. Aussi révolutionnaire que l'on puisse être, les électeurs sont TRES conservateurs dans leur attentes et leur choix. La phrase que j'ai le plus entendu lors d'opération de tractage est "qu'est-ce que j'ai à y gagner ?". Le clientélisme a encore de beaux jours devant lui...
  3. Si tant est que l'on soit élu, on gouverne avec toute sorte de gens, d'horizons et d'intérêts divers. Il faudrait former tous ces gens à un mode de fonctionnement complètement différent, qu'ils ne sont peut être, pour la majorité, pas encore capable d'appréhender, car inexistant dans leur référentiel culturel ou professionnel. A-t-on objectivement le temps de le faire lorsque les électeurs sont en attente de résultats ?
  4. Dans le système actuel, qui n'a pas vocation à changer tant que l'UMP ou du PS le gère, il y a nécessité de se plier à ses règles pour entrer dedans. Une des règle est que le pouvoir ne respecte que le pouvoir et l'autre que les électeurs ne votent que pour ceux qu'ils connaissent. Pour influer sur le pouvoir il faut en prendre, pour être élu il faut se faire connaitre. Des contraintes qui impose de s'y prendre longtemps à l'avance. Il ne faudra pas attendre que le mouvement d'idées soit structuré pour se préoccuper des postes électifs.

Une synthèse ardue

Si l'on veut mettre en oeuvre dans le champs politique une organisation en réseau au lieu de pyramidale, il faut donc combiner une approche révolutionnaire (sur le plan intellectuel) et conserver une partie de l'existant pour ne serrait-ce qu'accéder aux leviers de commande pour la mettre en oeuvre et accessoirement ne pas perdre tout le monde en route.

Le challenge est ambitieux, la synthèse de ces contraintes forcément difficile, d'autant plus que l'organisation pyramidale est celle vers laquelle nous tendons tous naturellement.

A relire sur le sujet :