Ce bon peuple

On nous avait fait le coup en 2005 du plan B. L'extrême gauche, et même une partie du PS nous avaient annoncé l'existence d'un plan B en cas de refut du référendum sur la constitution européenne. Las, au lendemain du non français et danois des Pays-Bas on découvrait que ce n'était que menterie[1]. Tout ceux qui disait qu'en votant non, les citoyens obligeraient les technocrates et les gouvernements à revoir le texte pour y introduire plus de social ont bien manipulé les électeurs. Conséquence, la construction européenne s'est arrêtée d'un coup, les états qui devaient encore organiser un référendum s'en sont abstenu, le sujet a été enterrer, et l'on est resté au traité de Nice, célèbre pour être un traité tout aussi efficace que les motions de synthèse du PS pour gagner les élections.

Surtout ne plus s'encombrer du peuple. Il ne comprend rien et ne fait que contrarier ceux qui savent pour lui. En plus c'est tellement compliqué toute cette Europe, comment voulez-vous lui expliquer ?[2]

C'est extraordinaire tout de même. Dans une Europe qui n'est composée que de pays dit "démocratiques", que le peuple fasse si peur aux décideurs. Le traité de Lisbone a donc été exclusivement ratifié par les parlements. Ben oui, vous expliquent les constitutionnalistes et juristes, les députés sont l'expression du peuple, ils peuvent donc s'exprimer à sa place lorsque l'on ne veut pas lui demander son avis à ce bon peuple. Rien à redire, c'est légal. Le gouvernement ne se gène pas pour s'essuyer les pieds sur le parlement à longueur de projet de loi en imposant le retrait des amendements qui ne lui plaisent pas à sa majorité, ou en faisant voter certains textes dans l'urgence ou à 3h du matin.

Souillé

J'ai beau être farouchement européen et absolument convaincu que le traité constitutionnel malgré ses imperfections était une avancée pour tous les européens, j'ai du mal, même beaucoup de mal, avec la méthode employée pour nous imposer ce texte. Et sincèrement, je n'arrive pas à me réjouir à l'idée que le non irlandais n'est finalement pas si grave. Comment dire, un sentiment désagréable de gâchis. Ce projet européen qui devrait être enthousiasmant pour un européen convaincu comme moi, semble souillé, déprécié. Un peu comme ces beaux immeubles tout neufs qui à peine 1 an après ont les enduits qui se décollent, les portes qui ne ferment plus et le marbre qui gondole.

Plan B

Alors on apprend dans l'article de Mariane[3] qu'il y a un plan B cette fois-ci. Ils ne se sont pas laissé avoir. Sauf qu'en fait ce sont de simples exceptions, qui vont être proposées aux irlandais. Une usine à gaz de plus, un cas particulier de plus, bref une source de plus de complexification du "machin". Sans compter que le machin va pas être plus simple à gouverner. Un gâchis. Le beau projet européen va se faire engloutir dans l'administration, comme s'il ne l'était pas déjà trop. Fini la politique qui change la vie, vivent les tractations et les rapports de force. Ça va être dur de rêver d'Europe :(

Notes

[1] J'adore ce mot et je ne sais jamais comment le placer dans un texte ou une conversation. Il m'évoque la générosité paysanne, le bon sens, une alternative colorée au mot mensonge qui pourrait être tout les jours utilisé plutot que langue de bois, bien trop indulgent.

[2] On dirait que cela ne vient à l'idée de personne qu'il faudrait au moins essayer, il est parfois surprenant ce peuple.

[3] Les Irlandais ont rejeté le traité de Lisbonne… So what ? et Traité de Lisbonne : bien sûr qu'il y a un plan B !.