Il m'arrive, à peu près une fois par an, que je me chamaille amicalement sur la notion de valeur du travail avec mon oncle, cadre de l'UMP en région parisienne, lorsque l'on se retrouve lors d'un repas de famille. En effet, il me ressort la propagande UMPiste sur les fainéants qu'il faut mettre au boulot, les fonctionnaires qui se la coulent douce parce qu'il n'y a pas de concurrence, les syndicats qui ruinent l'économie française, les pauvres patrons qui risquent chaque jour leur chemise...

Ceux qui ont l'habitude de me lire savent que mon cheval de bataille politique c'est les contre pouvoir. Dans le travail, cette notion est fondamentale, et comme dans beaucoup d'autres domaines de notre société, mis à mal.

Le principe de base

L'employeur, par essence, dispose d'un droit de vie et de mort professionnel sur son employé. Il lui donne le travail ou lui retire, ce qui conditionne la rémunération[1]. Face à ce pouvoir despotique de l'employeur, il n'y a que 2 contre-pouvoirs :

  1. Le besoin qu'a l'employeur de l'employé. Plus un employeur à besoin d'un employé et plus il le traitera bien.
  2. Les conventions collectives et le droit du travail, qui limitent et encadrent les droits et obligations des employeurs[2]

C'est de cet équilibre bien dosé que dépend la paix sociale.

Le chômage, arme de déstabilisation

En période de pleine emplois, les employeurs sont obligés de séduire leur salariés car ces derniers peuvent aller voir ailleurs si l'herbe est plus verte. Pour travailler dans le domaine informatique, je peux témoigner qu'au moment de la bulle internet en 98, les employeurs donnaient facilement des primes pour que leurs salariés ne démissionnent pas. En 2001, après l'explosion de de cette même bulle, les mêmes employeurs ne s'encombraient pas de formule de politesse pour supprimer primes, tickets restaurant et autres avantageuses mutuelles, les salariés, trop contents d'avoir du travail, en oubliaient même de demander une revalorisation de leur salaire.

Lorsque le chômage est élevé, le premier contre pouvoir à disposition des employés n'existe plus. Cela est d'autant plus vrai pour les emplois peu qualifiés qui deviennent de plus en plus précaires. Un des corolaire sournois du chômage élevé est la disparition de l'investissement des entreprise dans leurs personnels : la formation n'est plus une priorité, le recrutement étant plus simple et moins couteux.

L'employé n'est plus une personne et encore moins un partenaire, mais un maillon interchangeable l'employeur disposant de tout le choix possible du fait du chômage. Salut les maillons.

Droit du travail, dernier rempart

Dans notre république, il y a le mot égalité au fronton des mairies. Une des mission du droit du travail est d'assurer, ou du moins de tendre vers une certaine égalité dans le travail. Toute peine mérite salaire, et de préférence pour la même peine, le même salaire.

C'est donc du ressort de l'état de garantir, via les droits du travail, l'égalité des salariés. Assurer l'égalité des autres acteurs de l'économie (entrepreneurs, artisans, entreprises, collectivités locales...) fait aussi partie de la mission de l'état, et notamment de son représentant, le président de la république. Cette égalité est d'ailleur la condition sine qua non du fonctionnement d'une société libérale[3].

Or, le modèle de société qui est défendu par la présidence Srkz est au contraire basé sur l'accroissement des inégalités. Il y a donc là un problème entre la mission de chef de l'état, fédérateur, garant des institution et représentant de tous les français, et la présidence Srkz qui est clanique, au service d'une minorité, qui oppose les classes et démantèle les garde fou républicains comme par exemple le droit du travail.

Inégalité soutenable

En changeant les règles sur le travail dominical, c'est un coin qui est enfoncé dans l'égalité. L'exception devient la règle, le préfet l'ordonnateur des disparités au lieu d'être celui en charge de contribuer à les réduire.

Ce coin sera assurément enfoncé, comme tout les coins. Il sera enfoncé par petites touches, juste à la limite du soutenable. La perte de loisir, la perte de sens, la perte de lien familiale, la perte de pouvoir d'achat se feront petit à petit, un bout chez l'un, un autre chez le voisin. Et tous nous serons perdant. Quant nous serons tous touché, se sera trop tard. Le processus aura été initié puis développé par petites touches, juste en dessous du seuil de réaction, comme la grenouille dans la casserole d'eau froide dont on élève la température doucement jusqu'à ce que ses terminaisons nerveuses ne sentent plus qu'elle s'ébouillante.

Travaillez plus qu'il disait

Saviez-vous que lorsque l'on fait un sondage sur ce qui a de la valeur au yeux des gens, le travail est bien plus important en France qu'aux États-Unis ou au Royaume Unis qui nous sont pourtant montrés en exemple par notre très, très chers président. Le profit n'est pas une valeur typiquement française, alors que le travail si. N'en déplaise à mon oncle, malgré ses syndicats corporatistes et à bout de souffle, ses 35h, ses fonctionnaires... la France est un pays qui a une idée de la valeur du travail, une idée que bafoue cette présidence.

Sur le sujet : Le dimanche est un "marqueur temps" essentiel de notre société, primordial pour la famille, estime le sociologue Jean Viard

Notes

[1] Ce qui par essence illustre l'insanité de la promesse de Srkz "travailler plus pour gagner plus", le boss étant décisionnaire, c'est donc particulièrement inégalitaire.

[2] Des employés aussi, mais là n'est pas le propos.

[3] Je parle bien ici de libérale et non de capitaliste et encore moins du modèle sarkoziste, le corporatisme.