Je songe souvent au fait que ce sont tjs les articles les moins chères qui composent mon caddy et dans les établissements discount la plus part du temps. Il faut bien faire des économies si l'on veut avoir des loisirs, car pour le moment j'ai encore les moyens d'avoir des loisirs. Mais tous ces produits et magasins discount ne sont pas des créateurs d'emplois, ou alors d'emplois pressurisés.

Pour me donner bonne conscience j'achète du sucre ou des cacahouètes au couple d'épicier du coin qui travaillent 10h par jour 6,5 jours par semaines. Je suis sûr qu'ils sont réceptifs, eux, au discours de Sarkozy sur ceux qui peuvent gagner plus en travaillant plus.

Qui est prêt à sacrifier une partie de ses loisirs pour soutenir l'emploi ? Qui voudra payer plus, car ce ne sont pas les actionnaires qui toucherons moins, juste pour se dire que cette caissière pas forcément polie pourra continuer à faire ce boulot passionnant qui muscle si bien les bras et le dos ?

Et puis que la caissière soit compétente ou pas n'a rien à voir avec la choucroute. Une fois sans emplois elle ne consommera plus, n'aura plus d'existence sociale, n'arrivera plus à éduquer ses enfants comme elle le souhaite, deviendra aigrie et méchante, s'enlaidissant plus vite que les années ne pourront jamais le faire. D'une gentil femme qui vous salue en souriant tous les matin on aura fait un tas de rancoeur, boulet de la société et de ses voisins.

Chaque fois que j'écoute les nantis clamer comme une évidence qu'il suffit de mettre au boulot tous les fainéants ou alors de les foutre à la porte, cela m'horripile. Je suis un nanti car je fait partie de ces gens capablent de rebondir et de mettre à profis la moindre parcelle de chance qui me passe sous le nez. Mais tous ces autres, qui sont des suiveurs, des passifs, des fragiles ou des vulnérables, cette portion énorme de la population toujours oubliée des discours élitistes. Faut-il donc qu'ils n'aient pas droit aux même loisir que moi ?

Bordel, mais c'est à ça que sert le social dans un projet politique. On ne peut pas faire un projet de société qui ne s'adresse qu'aux nantis. Il doit s'adresser à tous.