Je reviens sur le précédent billet, cette expression m'ayant interpelée. S'il semble évident que Michel Bouquet regarde notre pays au travers de son vécu d'artiste, mais je ne pense pas qu'il se fasse du souci uniquement au sujet du manque de visibilité des futurs grands auteurs.

Il y a une paresse intellectuelle réelle de notre société qui est entretenue par la télévision et plus généralement les médias de masse. En effet, à l'ère de la communication à tout va, la pédagogie n'a plus la côte. Les journaux changent leur format pour être plus courts, plus incisifs. La télévision est obligée de séduire vite, car sinon le téléspectateur zap. Il y a nécessité de simplifier, de raccourcir pour faire passer un message. Mais quel message ? A force de simplifier que reste-t-il du message ?

"Comprendre signifie simplifier", belle maxime qui est restée des années sur le mur de ma chambre. Oui mais cette simplification est attachée au processus d'apprentissage. L'acquisition d'une connaissance complexe se fait par simplifications successives, découpage de l'ensemble, en morceaux plus ingurgitables et simplifiables. Mais c'est l'apprenant qui crée lui même son processus de simplification et l'élément qu'il apprend reste complexe, ce n'est que la manière de l'aborder qui est simplifiée. C'est exactement tout le contraire de ce que les médias de masse font : ils réduisent et simplifient les messages avant même qu'ils n'atteignent leurs destinataires.

Les blog sont une autre illustration d'une certaine forme de paresse intellectuelle. Un blog dit "influents" est un blog dont on mesure la fréquence de publication. Un à deux billet par jour, court pour ne pas faire fuir l'internaute et forcément sur un sujet pour lequel l'internaute se sent impliqué si l'on veut des commentaires. En général l'auteur traite un sujet à la fois comme un tout. La remise en perspective est du fait du format, essentiellement sémantique, le temps ne permettant pas d'être exhaustif. Le texte et ses commentaires ont une durée de vie d'une semaine pour la grande majorité des billets. Le lecteur zap d'un texte à l'autre, laissant parfois une trace par ci par là. Le blog est l'incarnation de la société du zapping. N'allez pas croire que je dénigre la blogosphère. c'est un moyen de communication de notre temps que je considère comme extrêmement précieux. La question ici est plutôt, ce zapping incessant est-il l'illustration d'une forme de paresse intellectuelle ? En effet, en surfant de blog en blog, ne s'arrête-t-on pas seulement au superficiel ? Ne nous contentons-nous pas de renforcer nos convictions sans les remettre en cause ? Avons-nous seulement le besoin ou l'envie d'aller au fond d'un sujet ? L'auteur ou le lecteur en a-t-il seulement le temps ?

Comme vous pouvez le lire, je parle ici plutôt de paresse intellectuelle plutôt que de laxisme, parce que je me met dans le lot. Le mot laxisme c'est le laisser faire. Qui est supposé ne pas laisser faire ?