Lors des 2 tours de cette élection présidentielle, la question s'est posée de diffuser ou pas sur internet les "estimations" des instituts de sondage avant l'heure fatidique de 20h. Les émissions qui se veulent humoristiques ou décalées, se régalent aujourd'hui avec les images des journalistes faisant semblant de ne pas savoir ou de ne pas voir que tous les électeurs autour d'eux connaissaient la réponse.

Sur twitter, dès 12h30, les premières estimations fuitaient et à 18h, les chiffres qui seraient affichés à 20h étaient également disponibles. Le concept même de réseau social, fait que ce type d'information est candidate à une diffusion comme une traînée de poudre. Donc contrairement aux précédents scrutins, où seule une minorité de gens étaient informés (journalistes, politiques ou militants), cette année, c'est une diffusion massive de l'information qui conduit à la question de la pertinence de garder ces informations "secrètes" ou à minima, interdites à la diffusion. De quelques exceptions facilement contenables, on passe à un problème de masse difficilement gérable.

J'ai particulièrement apprécié le billet d'Aliocha, Estimations de vote : dura lex, sed lex !, dans lequel elle rappel que si l'on veut diffuser ces informations, il faut changer la loi, car pour le moment, c'est tout simplement interdit par la loi. Donc inutile de se plaindre de la loi lorsqu'elle s'applique, il faut se poser la question avant pour la changer.

Ok, donc si on ne veut pas que la loi soit enfreinte, que nous reste-t-il comme possibilité:

  • Changer la loi pour autoriser que l'information soit disponible. Mais à partir de quelle heure ? Et la veille on fait comment ? Donc on accepte que le vote se fasse en fonction des sondages. C'est un changement de paradigme par rapport à l'idée de vote dans notre république, mais après tout, la société évolue, alors pourquoi pas.
  • On durcie la loi pour quelle s'applique. Comme une information existante sera forcément rendue disponible, pour que cela fonctionne il faudrait interdire les sondages. Combien d'heures ou de jour avant le scrutin ? Et à 20h, comment fait-on pour donner un résultat au peuple impatient si aucun sondage n'a été fait ?

Personnellement, je me débarrasserais volontiers des sondages, pas seulement le jour du scrutin, mais même durant la campagne officiel pour que l'on puisse écouter les candidats et pas les journalistes qui commentent les sondages. Mais bon, c'est complètement utopique, donc il va falloir que l'on vive avec cette distorsion démocratique que sont les sondages: plus une personne est connu, meilleur est son score dans les sondages et plus un candidat est haut dans les sondages, plus il gagne de voix lors du scrutin puisque de nombreux électeurs votent pour celui ou celle qui est susceptible de gagner, pas forcément pour ce qu'il ou elle dit.

On est loin de la démocratie...