C'est quoi ?

Cette histoire de méthode globale à l'école m'a d'abord indifféré puis je me suis demandé de quoi il en retournait. Comme je n'ai qu'une compétence empirique dans la pédagogie enfantine j'ai essayé d'en savoir un peu plus.

Mon épouse qui s'est intéressée au sujet a essayé de m'expliquer le principe de la méthode globale. Pour faire très grossier, l'enfant apprend à reconnaître les mots et non à les déchiffrer. Cette méthode inventée il y a un siècle est une technique extrême d'apprentissage, un modèle théorique qui n'a jamais été mis en oeuvre à grande échelle, juste dans quelques écoles atypiques ou par quelques instituteurs expérimentateurs.

On s'en sert alors ?

En revanche, les idées développées et les conclusions de cette méthode ont été intégrées dans l'arsenal des outils des enseignants. Mon fils qui vient d'entrer au CP a donc comme des millions d'autres enfant eut un apprentissage utilisant des éléments de la méthode globale : l'enseignant a présenté des mots et des phrases et fait jouer les enfants à reconnaître les mots pour fabriquer des phrases. Après 2 jours de classe, je ne vous raconte pas la fierté de mon fils de pouvoir LIRE une phrase écrite sur son cahier. Et quand j'ai mélangé les mots et qu'il a été capable de lire une phrase écrite par son papa, non seulement il était fier, mais son papa et sa maman aussi. Comme moteur pédagogique je trouve ça surpuissant.

En parallèle de la reconnaissance des mots, mon fils à des exercices de déchiffrage. Il est donc capable maintenant (6 semaines plus tard) de déchiffrer bon nombre de mots simples. La reconnaissance globale des mots sert juste à ne plus redéchiffrer un mot déjà déchiffré. En choisissant correctement les mots, je peux faire lire à mon fils des phrases composées de mots qu'il n'a pas vu à l'école. L'approche globale a donc été un puissant moteur de motivation pour permettre à mon fils, dès les premiers jours de lecture, d'avoir le sentiment de réussir à lire, permettant à l'enseignant d'introduire progressivement une approche syllabique autrement moins intéressante et motivante.

Ben c'est très bien alors

En tant que parent, que voulez-vous que je reproche à la démarche de cet enseignant ? Et pourtant, le ministre a décidé de jeter l'opprobre sur les enseignants qui utilisent des bribes de la méthode globale dans leur enseignement. Je dis bribes, car aucun ne l'utilisent vraiment, sauf des clandestins qui de toutes façons ne respectaient déjà pas les textes cadres de l'école. On a donc vu les enseignants à la rentrée scolaire, faire des circonvolutions verbales pour dire qu'ils n'utilisaient pas la méthode globale, que même si ça y ressemblait, ça ne durerait que quelques semaines... bla bla bla. Déjà que la relation enseignant parents n'est pas une sinécure, si en plus le ministre donne des munitions aux parents pour tirer sur les enseignants alors qu'ils ne sont coupables de rien, ce n'est pas gagné.

En plus le ministre a simplifié à l'extrême son discours. Sans subtilité, il a instillé le doute dans l'esprit des parents, au moment de la rentrée : selon lui, l'apprentissage de la lecture ne peut passer que par le B-A-BA (méthode syllabique), la méthode des grands parents : c'était mieux avant... Toute autre approche serait donc nuisible aux enfants. Parents soyez vigilants et faites acte de délation. Les enseignants n'ont qu'à bien se tenir ! Je ne veux pas voir une oreille dépasser.

Assurément, la pédagogie ne fait pas partie de ses compétences. A l'air du zapping permanent, du citoyen consommateur, de l'omniprésence de l'image, il faudrait se priver d'outils pédagogiques à même de motiver les enfants pour revenir à une approche totalement obsolète, tout aussi extrême que la méthode globale.

Mais pourquoi a-t-il fait ça ?

Mais quelle mouche l'a donc piquée. La circulaire ne présente aucun intérêt puisque personne n'utilise la méthode globale (juste des bribes). Les passages successifs à la télé ou la radio ont effrayé les enseignants et inquiété les parents qui ne peuvent ou ne veulent comprendre les subtilités de la pédagogie. Tout ça pour quoi ? Mais pour faire du vent médiatique, façon Sarko avec ses racailles, pour occuper l'espace au moment de la rentrée. Les conséquences... il doit s'en fiche. Mais quelle sera la prochaine cible pour continuer à exister dans les média ?

Tout ceci est ridicule et illustre une dérive de la politique vers la com et le marketing. Au lieu de motiver les enseignants, on les dévalorise, comme s'ils ne savaient pas faire leur métier. Comme toute chose, ce n'est pas l'outil qui fait l'artisan, mais comment il s'en sert. Quel que soit la méthode, un enseignant compétent saura tirer le meilleur de ses élèves et leur apporter le plus. Pour les moins compétents il suffit de suivre les textes. Pas la peine de leur mettre des bâtons dans les roues.

Ref : Méthode globale : la guerre pédagogique n’aura pas lieu